protocoles 35

Edito

publié en ligne : 16 décembre 2004 dans Protocoles 35

A la veille du 1er décembre et comme il y a deux ans, (lire Protocoles Hors-série sur l’état de la recherche), nous avons été confronté à une annonce largement diffusée dans les médias sur une possible découverte vaccinale qui changerait la face du monde. Il s’agissait, en fait, de résultats préliminaires d’une recherche sur un candidat-vaccin thérapeutique contre le VIH.

Extrait : « Un an après le vaccin, 8 patients conservaient une concentration de virus diminuée "de plus de 90 %, et chez 4 d’entre eux la concentration virale était devenue inférieure à 1 000 particules/ml, les rendant de ce fait en principe non contaminants", relève le Pr Andrieu. »

Publier de tels propos à l’heure où touTEs les acteurRICEs de la prévention ne savent plus quoi trouver pour contrecarrer la baisse de protection manifeste dans les rapports sexuels, ce que les enquêtes de l’INVS nous montrent régulièrement, est proprement scandaleux parce qu’ils délivrent une information incohérente dont les conséquences se mesurent dans les chiffres des nouvelles contaminations. C’est d’autant plus grave qu’il a été amplement démontré que la mesure de la charge virale plasmatique, ce dont tout malade a connaissance, n’est pas prédictive du risque de contamination, c’est beaucoup plus compliqué que cela, d’autre part, il s’agit d’une mauvaise interprétation du communiqué de Jean-Marie Andrieu, un raccourci facile.

Une charge virale indétectable signifie qu’elle ne peut pas être détectée, pas qu’elle est nulle, et cela au moment du prélèvement, aussi bien dans le sang que dans le sperme. Quand on sait qu’un petit rhume, une infection même minime stimule notre système immunitaire, « excite » les CD4 et a pour conséquence de créer du virus, qui nous dit que quatre heures après le prélèvement de sang, le système immunitaire ne va créer du virus, comme il le fait avec d’autres virus « dormants » comme l’herpès ou le zona ? « Indétectabilité dans le sperme » ne signifie pas « non contaminant ». Cela signifie juste qu’on n’a pas trouvé dans l’échantillon prélevé à un temps T suffisamment de virus pour que les moyens de détection dont nous disposons trouvent de particule virale. On n’est pas non-contaminant quand on a une charge virale indétectable, même dans le sperme, jusqu’à preuve du contraire. Si on veut s’amuser à ce genre d’exercice, il faut avoir le courage de ses certitudes, Jean-Marie Andrieux est-il prêt à se faire transfuser avec l’unE de ses patientEs ? Il semble prêt à mettre en danger la vie des futurEs partenaires sexuels de ces 8 personnes appelées « non-contaminantes » ?

Le battage médiatique autour de l’annonce de Jean-Marie Andrieu a été suffisamment déformant pour inciter de nombreuxSES malades à croire au miracle. Nos associations mesurent cela très bien, principalement celles dont les lignes d’écoute sont saturées de demandes qui ne laissent pas de doute sur l’interprétation erronnée mais majoritaire qui a été faite des propos tenus. Mais, ce qui nous a mis en alerte, ce sont les remontées de terrain des accueils de soins, notamment hospitaliers qui nous font part de leur exaspération lorsqu’ils sont submergés de demandes de malades qui accourent pour bénéficier de la merveille annoncée. De tout cela, aucun journaliste ne parle jamais ni même ne l’envisage. Si on est submergé d’appels à chaque fois qu’on mentionne « vaccin thérapeutique » et que les gens comprennent « vaccin curatif », imaginons le nombre de personnes qui vont déduire de cet article « charge virale indétectable = non-contaminant ».

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Protocoles 35 (621.5 ko)

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