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Bangkok 2004 : « Aids accomplice »

publié en ligne : 14 juillet 2004

Le moral des troupes était hier au plus bas. Il nous fallait une belle action pour reprendre du poil de la bête. Nous l’avons organisée, nous l’avons eue.

Lundi 12 juillet - À 15 h 30, nous sommes une cinquantaine, Thaïs, AméricainEs, FrançaisES, à manifester dans les couloirs de la salle des stands afin de faire venir du monde avec nous. Nous portons 7 portraits géants des dirigeants du G8. Les panneaux mesurent un mètre sur trois, des slogans les accompagnent : « Where is the $12 billion ? Treat the 6 million » ou « G8, we can’t wait, where is the $12 billion ? ». Nous sortons de l’exhibition room et traversons le long couloir principal de la conférence jusqu’au media center, très éloigné de nos stands, car c’est là qu’il faut aller pour être vuEs et entenduEs. Les journalistes, qui nous ont entenduEs, sont déjà là.

Coupable

Le procès des leaders des pays riches peut alors commencer. Un par un, chacun passe devant un procureur qui lit les charges, puis un juge qui demande le verdict aux manifestants. La réponse est unanime : « Guilty » [1]. Dès lors, on colle les mentions « Aids accomplice » et « Wanted » [2] sur la photo, puis on y jette du « faux sang ». L’ensemble est vraiment spectaculaire, et très fort [3]. L’action s’enchaînait avec une conférence de presse organisée par les activistes américains, où des séropos de différents pays ont pu développer la question du financement international de la lutte contre le sida et les griefs faits aux pays riches.

Ce procès nous a mobiliséEs toute la matinée. Préparer des panneaux aussi grands n’est pas une mince affaire. Il faut d’abord trouver la place : nous avons découvert, au fond de l’exhibition room, un hall tout jaune, dont la porte donnant sur l’extérieur est fermée, qui a été dénommée le « Act Up Garage ». Il servira désormais d’atelier, de lieu de réunion et de briefing. Discuter près du stand est en effet souvent difficile, puisqu’une musique extrêmement forte jaillit régulièrement d’une scène mise en place derrière nous : les organisateurs n’ont pas compris que le village des associations est un lieu de travail et de réunion.

À propos des organisateurs, nous étions tellement irritéEs par tout ce qui se passe dans la conférence, à commencer par l’humiliation de Ott, l’activiste thaï qui a conclu la cérémonie d’ouverture, que nous avons décidé de harceler Joep Lange, le président de l’IAS, pour qu’il organise une réunion entre les séropos, les activistes et l’ensemble des organisateurs, y compris le ministère de la santé thaïlandais. On commence à prendre des photos des choses dégueulasses que l’on voit, comme des séropos obligéEs d’attendre devant l’entrée pendant 20 minutes car le passage sous les détecteurs de métal provoque une queue gigantesque. De notre côté, nous avons découvert une entrée de service par derrière, et aucun officiel ne nous pose problème quand nous y passons. Bref, nous avons coincé Joep Lange à la fin d’une session, lui avons calmement exposé les problèmes et demandé la tenue de la réunion. Nous lui avons donné notre numéro de téléphone, en l’invitant à nous rappeler. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que nous apprenons, totalement par hasard et par le biais d’Irène, une ancienne de Solidarité Sida qui s’occupe maintenant des liens entre la conférence et les activistes, que la réunion aura lieu demain mardi à 17 heures. Lange ne nous a pas rappeléEs, ce qui est un signe de mépris assez explicite, et qui augure mal de la réunion de demain.

« Tobias, t’es une quetsche, les préservatifs ça marche »

A midi, les Américains perturbaient le discours d’un représentant du Fonds mondial. Pendant ce temps, nous nous posions la question entre activistes : faut-il aller à un rendez-vous proposé par Randall Tobias, l’ambassadeur américain au Fonds mondial que vous n’avez pas oublié ? Cette proposition faisait suite au harcèlement que nous avons exercé sur lui pour qu’il vienne chercher le mémorandum activiste distribué à l’extérieur de la conférence hier dimanche après la manifestation [4]. L’opportunité d’une telle réunion est discutable : elle sera très privée, et nous ne connaissons pas tous les invités. Nous décidons tout de même d’y aller, et d’y inviter des manifestantEs. Ceux-ci/celles-ci ne pourront pas franchir la porte de la VIP room où se tient la réunion, mais ils/elles resteront à crier des slogans aussi toons que « Tobias, Tobias, don’t lie to us, don’t lie to us » ou « Tobias, you’re a jerk, condoms work » [5]. Et à l’intérieur, Tobias, qui est un des êtres les plus répugnants, nous écoute en souriant, et ne dit rien sauf pour affirmer que les Etats-Unis donnent beaucoup d’argent à la lutte contre le sida. Une réunion très constructive, en somme.

Notes

[1] « coupable »

[2] « Complice du sida » et « Recherché »

[3] les photos de cette action sont disponibles dans le portfolio

[4] A propos de Randal Tobias, lire notamment notre chronique Bangkok 2004 : entre colère et déception

[5] « Tobias, Tobias, ne nous ment pas, ne nous ment pas » ou « Tobias, t’es une quetsche, les préservatifs ça marche »



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