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Bangkok 2004 : Prévention, surcontaminations et qualité de vie

publié en ligne : 14 juillet 2004

Lundi 12 juillet - Côté salles de conférences, les choses commencent vraiment, si l’on peut dire, avec la session plénière du matin. Petit rappel : lors de la cérémonie d’ouverture de dimanche, alors que les interventions des épidémiologistes et d’un activiste sont encore à venir, les organisateurs offrent un buffet pantagruélique aux conférenciers. Le résultat qu’ils escomptaient ne s’est pas fait attendre : le public s’est instantanément levé, abandonnant sur la scène les derniers intervenants [1].

« Mauvaise gestion du temps »

Après une nuit qu’on espère chargée de remords, et surtout après les appels téléphoniques répétés des mécontents, Joep Lange, président de l’IAS, a finalement présenté ses excuses les plus plates pour avoir volontairement passé à la trappe les interventions les plus importantes de la session d’ouverture. Cette erreur ne serait, selon lui, « [qu’une] mauvaise gestion du temps ». En gage de « bonne volonté », Lange a proposé que ces présentations soient reprogrammées lundi matin. C’est ainsi que le Dr Karen Stanecki d’ONUSIDA a pu enfin présenter les dernières données d’épidémiologie mondiale, et le Dr Tim Brown nous proposer une bonne analyse de la situation épidémiologique en Asie.

Ce dernier a particulièrement insisté sur l’important risque de dérapage que pourraient connaître les pays asiatiques dans les prochaines années si une politique de prévention efficace n’est pas engagée pour trois populations ciblées : les travailleurSEs du sexe (sex workers), les usagerEs de drogues par voie intraveineuse (IDUs) et les gays (men who have sex with men). Il s’empresse de préciser que, si un certain effort, toutefois insuffisant, existe en direction des travailleurSEs du sexe, ce n’est pas le cas des autres populations. On est de fait saisi d’effroi devant les projections et simulations qu’il a établies. Pour les travailleurSEs du sexe, seuls des rapports sexuels exclusivement protégés peuvent permettre d’échapper à la catastrophe sanitaire qui s’annonce, laquelle, sans ce pré-requis, ne sera que retardée. Inutile de s’étendre sur le reste de cette plénière au cours de laquelle un Ougandais de dernière minute est venu accaparer le temps de parole prévu. Son discours sur l’habituel « exemple ougandais » basé sur la technique dite « ABC » (Abstinence, Be faithfull (fidélité), Condoms (préservatifs)) a failli tourner à la mauvaise farce, surtout quand il a prétendu que l’Ouganda, dans sa brillante exemplarité, n’a en fait besoin « que de A et B ». Mais d’autres discours, moins ineptes, nous attiraient déjà.

Outre à la présentation du rapport Delfraissy 2004 [2], nous nous sommes intéressés à un peu de « basic science », de la phylogénétique pour être plus précis, puis à la qualité de vie des séropositifs. On notera aussi dans cette journée de conférence, une session clinique sur les nouveaux médicaments à l’essai, ainsi qu’un classique du genre : « quand et par quoi commencer un traitement ? ». Nous reviendrons plus tard sur ces sessions.

Le vrai risque de la surcontamination

La phylogénétique étudie l’évolution des souches de virus. C’est un thème particulièrement intéressant et qui va de pair avec l’épidémiologie, comme l’a si bien illustré Mme Sukhanovna de la Fédération de Russie. Sa présentation résume un long travail d’analyse des sous-types viraux, en particulier selon leur zone géographique d’apparition. Son étude montre, avec les modes de propagation du virus, la progression de ses changements génétiques , et surtout l’évolution des différents sous-types viraux selon les surcontaminations. Ainsi, l’ex-Union Soviétique a été envahie par deux sous-types, le virus B venu d’Occident via la Pologne, et le sous-type A qui provient du Sud-Ouest du pays, donc de l’Asie. Ces deux sous-types ont infecté les personnes à un niveau important dans les années quatre-vingt-dix et ont produit un virus hybride, CRF03-A/B. Dit comme cela, c’est assez anecdotique et affaire d’érudits. Mais l’intérêt de l’analyse de Mme Sukhanovna et de son équipe a été de montrer que la virulence des virus (fitness) qu’ils ont mesurée va de pair avec la vitesse de propagation de l’épidémie. Autrement dit, en se croisant et en se recombinant, les différents sous-types viraux peuvent en faire apparaître d’autres, plus efficaces, qui contaminent plus vite, plus souvent, et se propagent plus rapidement. C’est le cas du virus recombinant CRF03-A/B en Russie, qui a traversé le continent deux fois plus vite que les premiers sous-types identifiés dans le pays. Quand on vous dit que la surcontamination constitue un vrai risque...

Marie-Josée Mbuzenakamwe, notre amie du Burundi [3], et Eric Fleutelot, d’Ensemble contre le sida, ont animé une session consacrée à la qualité de vie. Ce fut l’occasion d’échanges d’expériences, d’idées et de passions remarquables de la part des nombreux associatifs qui animaient cette rencontre. Partageant les expériences de Thaïlande (ils n’avaient pas à aller très loin), du Mali, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Cambodge, du Brésil avec celle des Anglais et des Français (Bruno Spire de Aides), les participants ont appris le pouvoir des associations et des communautés à résoudre les difficultés du quotidien et à appréhender les questions comme celles de l’observance ou des effets indésirables.

Notes

[1] lire notre chronique précédente : Bangkok 2004 : entre colère et déception

[2] lire notre chronique précédente : Bangkok 2004 : entre colère et déception

[3] lire son intervention prononcée lors de l’IAS 2003 à Paris



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