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Recherche, quel avenir ?

la recherche en danger

publié en ligne : 2 avril 2004 dans Protocoles 32

Lecteur ou lectrice de Protocoles, fidèlE ou occasionnelLE, vous pensez avec nous que la recherche publique doit faire l’objet d’un soutien sans faille, afin de répondre aux enjeux de la lutte contre le sida et de l’évolution de la pandémie.

interpellation

Vous êtes séropositive, et vous en assez de prendre des médicaments qui ont été testés avant tout sur des hommes. Vous êtes co-infectéE avec une hépatite virale, révoltéE, comme nous, devant le peu de recherches pourtant essentielles en la matière. Vous consommez des drogues, et vous voudriez en savoir un peu plus sur leurs interactions avec les médicaments que vous prenez. Vous souhaiteriez modifier la posologie de vos traitements pour en conserver les bénéfices, mais diminuer les effets indésirables. D’ailleurs, vous voudriez que ces effets soient mieux suivis afin d’anticiper ceux qui surviennent après des années de traitements, comme les troubles de répartition des graisses, les ostéoporoses ou les problèmes cardiaques. Vous êtes peut-être en échappement thérapeutique, et vous attendez de nouvelles molécules, et de nouveaux essais dans lesquels vous êtes prêtE à rentrer.

Le gouvernement Raffarin n’a cure de vos attentes. Sans aucun égard pour nous, les malades, la droite démantèle la recherche, comme elle détruit la Sécurité sociale, les retraites ou l’assurance-chômage. Les crédits à la recherche sont gelés d’une année sur l’autre, les budgets diminuent, les jeunes chercheurSEs sont précariséEs. Rarement les chercheurSEs ne se sont autant mobiliséEs qu’au cours des derniers mois. La mobilisation d’un milieu qui n’a pas pour habitude de faire des vagues nous montre bien à quel point la situation de la recherche publique est catastrophique.

Vous suivez l’actualité, et vous avez pu entendre la phrase d’un ministre. "En France, les intellectuels signent des pétitions. Aux Etats-Unis, ils gagnent des prix Nobel". C’est en substance ce qu’a répondu aux chercheurSEs la droite au pouvoir, via le délicieux Patrick Devedjian. Ses propos, au-delà de leur stupidité démagogique patente, en disent long sur la vision du gouvernement en matière de recherche, donc sur ce qui nous attend si nous ne réagissons pas. Pour la majorité au pouvoir, la recherche doit répondre immédiatement aux intérêts économiques du pays ou au rayonnement national.

Les séropositifVEs et les malades du sida n’ont pas de place dans cette logique. Vous avez peut-être pu lire, que suite à un zap, Claudie Haigneré nous a promis alors que cette Agence pourrait fonctionner normalement, et qu’elle saurait faire face à l’augmentation des besoins, notamment en matière de recherche sur la co-infection et les hépatites virales. Ces engagements n’ont pas été tenus.

nous recherchons, vous recherchez, ils recherchent

Vous allez donc vous informer de l’état de la recherche privée - car si on suit la logique de la droite, notre avenir dépend d’elle. Vous vous tournez d’abord vers les fonds caritatifs. Le financement par Ensemble contre le sida, qui gère les fonds du Sidaction, de projets de recherche, fondamentale ou appliquée, en immunologie, virologie, ou encore en sciences sociales, est indispensable. Mais la politique de financement de cette association est extrêmement claire : l’argent du Sidaction ne doit pas servir à combler les manques des pouvoirs publics. Il doit financer des pistes de recherches novatrices, mais ne doit pas se substituer aux subventions publiques. Faire dépendre la recherche de la seule générosité de personnes dans le cadre d’actions caritatives est tout simplement obscène.

Les fonds caritatifs ne sont pas la solution de substitution au désengagement de l’Etat. Vous allez donc voir auprès de l’industrie pharmaceutique. Les entreprises du médicament saturent les médias, et notamment le service public (« un cœur qui bat » sur les chaînes publiques, France 2 et France 3), de campagnes par lesquelles elles prétendent oeuvrer pour le bien de tous. Vous connaissez la politique criminelle menée par les grandes firmes pharmaceutiques qui, sous prétexte de protéger la propriété intellectuelle, gardent le monopole sur les médicaments dont ils détiennent les brevets, en fixent arbitrairement les prix et privent ainsi des millions de malades des traitements qui pourraient sauver leur vie.

sad perspective

Leur seule justification, pour défendre la propriété intellectuelle, est de prétendre qu’ils ont besoin d’argent pour leurs efforts de recherche et de développement. C’est un mensonge. L’industrie pharmaceutique n’innove pas, elle achète les brevets à des laboratoires publics ou semi-publics Elle investit dans le développement quand elle estime que le résultat sera suffisamment fructueux pour ses actionnaires. Et elle n’hésite pas à interrompre ce même développement quand elle l’estime trop peu rentable : Roche (avec le T-1249) et Gilead (avec le DAPD) viennent de le faire au cours du mois dernier, au mépris des besoins des malades en échappement thérapeutique.

C’est aussi pour des questions de profit et de rentabilité que les laboratoires internationaux refusent de conduire certaines recherches, notamment les études après la mise sur le marché des traitements, qui permettraient d’approfondir les connaissances sur une utilisation à long terme, comme les effets indésirables des traitements par exemple. Et c’est à ces gens-là que le gouvernement voudrait confier notre santé ?

pas sans nous

Nous avons donc tous besoin de la recherche publique. Pas d’une recherche au rabais, précarisée, mais d’une recherche suffisamment solide pour travailler avec les malades à la résolution de tous nos problèmes. La mobilisation des chercheurSEs ouvre des perspectives : la mise en place d’Etats Généraux sur la recherche, l’élaboration d’une loi de programmation. Les malades doivent y être associéEs. Plus de 20 ans de lutte contre le sida ont permis de montrer à quel point les chercheurSEs ne pouvaient se passer des malades pour organiser leurs travaux. Alors même que la recherche s’apprête à être réformée, sinon démantelée, les chercheurSEs ont tout intérêt à nous associer à leurs combats et à leurs travaux, sous peine de se couper totalement d’une société civile qui les soutient, et parmi elle, des malades.

budget de l’ANRS : coquille vide et peau de chagrin !

La recherche française est cruellement éprouvée par les restrictions du gouvernement de Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin. La recherche contre le sida fait aussi les frais de cette politique désastreuse. En France, c’est l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida) qui coordonne la recherche publique sur le sida.

En 2003, les missions de l’Agence nationale de recherche sur le sida ont été élargies à la recherche sur les hépatites virales. Depuis janvier 2004, elle a donc en charge la recherche fondamentale et la recherche thérapeutique concernant les hépatites. Mais le gouvernement n’a pas souhaité fournir à l’ANRS la capacité financière d’assurer cette nouvelle mission. Les enveloppes budgétaires pour le sida et les hépatites n’ont pas été augmentées. L’ANRS, disposant d’un budget de près de 45 millions d’euros annuels, organise des appels d’offre ouverts à toutes les équipes de recherche. Pour donner un peu de lustre et essayer d’assumer sa mission envers les hépatites, l’ANRS est contrainte de baisser les crédits alloués à la recherche sur le VIH. Conséquence : alors que l’ANRS faisait traditionnellement deux appels d’offre sur la recherche contre le sida, il n’y en aura plus qu’un en 2004. La recherche clinique sur le VIH sera amputée de 20 % par rapport à 2003.

et des berniques pour les hépatites

La recherche sur les hépatites n’en est pas pour autant mieux lotie : cette nouvelle mission de l’ANRS aurait dû être l’occasion d’adresser un message fort et cohérent avec les ambitions du Plan national sur les hépatites 2002-2005, impliquant un réel effort financier. Il est primordial en effet que ce champ d’investigation bénéficie d’une grande attractivité pour mobiliser les spécialistes sur les hépatites. Mais Jean-Pierre Raffarin ne va accorder que des bouts de ficelle pris sur d’obscurs fonds incitatifs, en l’absence de toute ligne budgétaire spécifiquement identifiée. L’ANRS prévoyait une augmentation raisonnable de 3 millions d’euros. La Ministre de la recherche n’a pas pu en obtenir plus de 1,5. Pire, au début de l’été 2003, des nouvelles alarmantes sur la situation financière de l’ANRS étaient diffusées : près de 10 % de diminution pour le budget en cours, celui de 2003.

L’effet immédiat fut de retarder le démarrage ou de menacer la poursuite de certains projets de recherche fondamentale dans le VIH. En septembre, une vingtaine de militantEs d’Act Up interpellaient publiquement à ce sujet la Ministre déléguée à la recherche Claudie Haigneré pour la mettre face à ses responsabilités (lire Action n°91). Cette action fut efficace, puisque la semaine suivante, nous étions reçuEs par la ministre. Il semble d’ailleurs que nous connaissions mieux le dossier qu’elle. Nous sommes sortiEs du rendez-vous avec l’assurance, d’une part que les crédits gelés en 2003 allaient être en partie débloqués, et de l’autre que le budget 2004 serait égal au budget 2003, sans les coupes de 10% dont celui-ci avait fait l’objet.

Bien entendu le ministère ne prévoyait que des broutilles pour la recherche sur les hépatites alors que l’ANRS devrait assumer cette nouvelle mission depuis janvier 2004 : nous sommes fermement décidéEs à faire plier le gouvernement pour qu’il augmente dès cette année son investissement dans la recherche sur les hépatites. Avec l’ensemble des chercheurSEs en France, nous sommes inquietEs : les arbitrages budgétaires de Jean-Pierre Raffarin mettent gravement en cause les espoirs des malades. Nous sommes solidaires du mouvement des chercheurSEs qui expriment leur malaise. Tout doit être renégocié.

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