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CROI de San Francisco [2ème jour - Lundi]

Chronique, vous avez dit chronique ?

publié en ligne : 11 février 2004

A force de tourner les pages et de prendre le programme par tous les bouts, on finit tout de même par réaliser qu’il y a quelque chose de bizarre dans la version 2004 de la conférence sur les rétrovirus (CROI). Où sont donc les sessions sur les traitements ? Où est la traditionnelle plénière sur les stratégies antirétrovirales ? Quelqu’un qui aurait fait l’impasse sur les quelques dernières éditions de la CROI ne s’y retrouverait pas du tout.

Des symposiums sur l’usage et les stratégies dans les pays à faibles ressources, de l’hépatite, des microbicides [ou virucide], des vaccins. Le paysage a totalement changé, à l’image de ce que devient la maladie pour ceux qui ont accès aux traitements : chronique. On parle de maladies intercurrentes, d’effets des traitements, de complications, de résistances et de mondialisation. Cette année, les nouvelles molécules, les maladies opportunistes (ça veut dire quoi, CROI ?), les stratégies sont rangées au magasin des accessoires. Reste un domaine qui garde ses droits car il est incontournable et qu’il poursuit son petit bonhomme de chemin année après année : la science fondamentale. A chaque conférence, on explique plus, on comprend mieux, on voit plus loin.

Après l’introduction d’hier soir, cette première journée est exactement dans la tendance : la pleinière est consacrée à l’hépatite C et aux microbicides ; les symposiums, sur les complications à long terme et le virus dans les synapses cellulaires ; les présentations orales, sur la transmission de virus résistants, les manifestations neuropathogènes , ou sur les résistances (émergence, mécanisme et persistance). Pour le reste, référez-vous à vos recommandations habituelles...

Mais, il faut reconnaître que cela fait du bien, de temps en temps, de faire le point sur des sujets qu’on ne traite pas tous les jours à la CROI. Charles Rice (Rockefeller, Université de New York) nous a gratifié d’un excellent résumé des connaissances actuelles sur le virus de l’hépatite C : génome, fonctionnement, variabilité génétique, pathogenèse et traitements. Il a particulièrement insisté sur les développements en cours de nouveaux traitements, comme les inhibiteurs de la protéase NS3 ainsi que les travaux prospectifs sur un futur vaccin.

Troisième génération

C’est ensuite au tour de Robin Shattock (St George’s Hospital, Londres) de présenter un tour d’horizon des microbicides. Son exposé a permis de se remettre en tête les questions essentielles : ces produits sont censés bloquer une infection par les muqueuses vaginales ou rectales. Pour cela, il faut agir sur la perméabilité des muqueuses aux agents visés (le VIH en l’occurrence) mais aussi au-delà, des cellules de l’immunité jusque dans les ganglions, afin de bloquer l’infection pendant qu’il en est encore temps. Shattock rappelle que de nombreux produits ont déjà été étudiés. Nous en sommes à la troisième génération et ces microbicides n’ont plus rien à voir avec les premiers gels rudimentaires, et parfois dangereux, de la première génération. Cependant, c’est un domaine de recherche très complexe et le calendrier envisagé par les chercheurs est un peu décevant : un aboutissement entre 2010 et 2016. Bien entendu, Shattock choisit une voie de compromis raisonnable en proposant un produit efficace, utilisable largement sur toutes les souches virales et surtout à bas prix en 2013.

résistances

Cette journée aura aussi été marquée par les travaux sur les résistances aux traitements. Il est désormais établi que des phénomènes de résistance peuvent apparaître avec les traitements utilisés pour limiter la transmission materno-fœtale. Alors que ce traitement a été pendant de nombreuses années le seul disponible — quand il pouvait l’être — dans les pays en voie de développement, on constate maintenant des conséquences qu’il provoque : les mères qui n’ont bénéficié de ce traitement qu’au moment de la grossesse développent des résistances qu’elles communiquent à leur enfant, lorsque la protection échoue et qu’il est contaminé. Ce constat entraîne deux faits essentiels qui méritent d’être pris en compte :
- il est invraisemblable que la mère ne puisse bénéficier d’un accès au traitement après son accouchement, car sa mort est quasi certaine et on mesure aujourd’hui toutes les conséquences économiques et sociales d’un nombre toujours croissant d’orphelins ;
- la prise en charge des mères doit reposer non pas sur des traitements sub-optimaux comme ceux utilisés pour la prévention de la transmission materno-fœtale qui favorisent le développement de résistances, mais sur des traitements qui prennent en compte tant l’infection de la mère que le problème de la transmission lors de l’accouchement.

mutation

Une autre session de l’après midi était également consacrée aux résistances aux traitements. Mais il s’agissait plus de faire le point sur les mécanismes d’apparition et de modifications de ces phénomènes. Bon nombre de récents essais cliniques de stratégies thérapeutiques employant des traitements simplifiés ont été arrêtés parce qu’ils provoquaient des échappements trop nombreux. L’équipe française de l’essai Tonus a présenté ses conclusions sur les mécanismes d’apparition des résistances. Cet essai avait également pour objectif de mieux comprendre le rôle particulier de certaines mutations du virus comme la mutation K65R. Ou encore, dans ce remarquable travail présenté par des équipes de l’INSERM, de rechercher des souches virales minoritaires résistantes qui expliqueraient l’échec chez des personnes qui échappent à un nouveau traitement pourtant présumé actif.

c’est magique... et à la fois effrayant

Enfin, pour les mordus de biologie, la session de l’après midi consacrée aux synapses immunologiques a dépassé toutes les attentes. Il ne restait pas une chaise libre dans la petite salle prévue pour voir les images de l’équipe de David McDonald et Tom J. Hope (Université de l’Illinois, Chicago). Après le succès de leur présentation à Boston l’an passé et les fantastiques publications parues depuis, tout le monde voulait voir la suite : ces petits bouts de films en microbiologie où l’on voit les virus passer des cellules dendritiques aux lymphocytes CD4, c’est magique... et à la fois effrayant. Mais quel chercheur n’a pas rêvé, plutôt que d’élaborer des modèles basés sur des expériences compliquées, d’y aller voir, tout simplement ? Les organisateurs ont d’ailleurs tout prévu puisqu’ils proposent sur le site de la conférence de voir ces images ainsi que celles captées lors des plénières et symposiums.

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