roche tue impunément

publié en ligne : 27 novembre 2001 dans Protocoles 21

A force de répéter la même chose, peut-être arriverons-nous à obtenir des laboratoires qu’ils nous écoutent enfin, qu’ils satisfassent à nos demandes, qu’ils adoptent un comportement éthique pour l’accès aux médicaments.

l’union fait la force

Après qu’Act Up a déclaré la « Guerre aux labos » le 1er décembre 1999, après plusieurs années de pression du groupe inter-associatif TRT-5 (regroupement de 7 associations de lutte contre le sida) sur l’industrie pharmaceutique, c’est aujourd’hui au tour de AIDES d’appeler au boycott des produits Roche. Cela fait trois années que nous réclamons un accès précoce aux nouvelles molécules pour les personnes en impasse thérapeutique, car seules ces molécules représentent une chance de survie pour les malades en échappement, lourdement prétraités. Mais l’industrie pharmaceutique continue de faire preuve de cynisme en poursuivant le développement des nouveaux médicaments comme s’il s’agissait d’une marchandise comme les autres.

concernant le t-20

Depuis deux ans nous demandons l’accès à cette nouvelle molécule produite par Roche, et qui appartient à une nouvelle classe d’antirétroviraux, les inhibiteurs de fusion (il empêche la fusion du virus et des cellules cibles : les CD4). Par ce nouveau mode d’action et des résultats préliminaires d’efficacité encourageants, le T-20 est indispensable pour les personnes en échappement. Les premiers résultats de l’essai de phase III (en cours), même s’ils ne sont qu’intermédiaires, confortent ceux des essais de phase II : on remarque chez les patients une baisse importante de la charge virale et une remontée significative des CD4. Les difficultés d’administration (injection par voie sous-cutanée) sont réelles et la formation d’hématomes a pu être constatée au niveau des points d’injections. Par ailleurs, nous ne disposons pas d’assez de recul pour évaluer l’importance des effets secondaires liés à cette nouvelle classe d’antirétroviraux, mais ce traitement représente un réel, et unique, espoir pour les personnes qui n’ont plus d’autres alternatives thérapeutiques.

Et pourtant. L’indifférence de Roche à la situation désespérée de ces malades se confirme après plusieurs mois de mensonges. Il n’y aura pas d’accès en compassionnel au T-20. Les décideurs ont estimé, il y a dix-huit mois, au moment de la prise de décision pour la production de cette molécule en vue des essais de phase III, que les charges financières que représente la production de cette nouvelle molécule sont plus importantes que la vie de plusieurs milliers de personnes.

screen failures

En France, 128 personnes ont été incluses dans l’essai de phase III, l’étude 302 (400 malades sur le plan mondial), alors qu’initialement, seulement 72 devaient l’être. Ce nombre plus élevé que prévu est dû à la bonne motivation des investigateurs des centres d’inclusion. Grâce à quoi, Roche a pu gagner du temps. En outre, la contrepartie de l’accélération des inclusions, c’est que plus de 40 personnes, en raison de leur mauvais bilan, se sont vus exclus de l’essai (non, ce n’est pas lié). Or, rien n’est proposé à ces 40 malades, alors que leur situation de santé est alarmante (raison d’ailleurs pour laquelle ils ont été exclus de l’essai), Roche leur refusant une mise à disposition compassionnelle du T-20, les condamnant ainsi à la mort. Ce comportement est inacceptable. Il a d’ailleurs été dénoncé au début de l’été par le groupement inter-associatif TRT-5. Saisi par les associations, le Conseil National du Sida a rendu un avis critiquant très fermement l’attitude du laboratoire.

Au risque de nous répéter encore une fois : il est inadmissible et non éthique qu’un patient ayant participé aux premières phases de l’essai, et exclu pour mauvaise santé, ne puisse bénéficier immédiatement de cette molécule à titre compassionnel.

roche nous ment depuis dix-huit mois

Initialement prévu pour mars 2001, puis pour juin et enfin septembre 2001, l’accès compassionnel promis par le laboratoire devrait maintenant débuter, selon le laboratoire, à la date vague du premier trimestre 2002. Dans la réalité, il s’agirait plutôt de mars 2002, à quelques mois de l’obtention de l’AMM. Ce « retard » est d’autant plus inacceptable, que les associations de malades ont commencé la pression et les alertes dès juin 2000. Nous réclamions depuis lors un compassionnel accompagnant l’essai de phase III, à partir de mars 2001.

Non content de mentir, le laboratoire Roche revient sur sa parole, et au lieu d’un compassionnel « classique » initialement promis, cet accès prend aujourd’hui la forme d’un essai de phase III-bis, ce qui pose un problème quant aux conditions d’accès (nombre de malades, critères, pays, etc.). Le laboratoire a prévu, pour la France, un essai III-bis s’adressant aux patients ayant moins de 50 CD4 et une charge virale supérieure à 10.000 copies. Mais seules 25 personnes y auront accès alors qu’elles sont des centaines à attendre ce compassionnel comme dernière chance de survie. Mais ça, Roche n’en a que faire.

petits arrangements avec les difficultés de production

Depuis de long mois, Roche justifie son incapacité à mettre à disposition davantage de produit par des difficultés de production. Autant il est vrai que le T-20 est une molécule qui nécessite une centaine d’étapes de fabrication, autant il est faux de prétendre que les difficultés rencontrées pour produire la molécule en quantité suffisante sont le fait d’un équipement industriel long à mettre en place. Si Roche était honnête, un manque d’investissements suffisants serait plutôt invoqué. Pour l’instant, seuls deux réacteurs servent à fabriquer le T-20, alors que les experts (notamment ceux de l’AFSSaPS) considèrent qu’il aurait fallu que Roche mette en place au minimum 3 réacteurs s’ils avaient prévu d’intégrer le compassionnel dans le plan de développement de cette molécule. Ce ne sont pas tant les difficultés de production qu’un manque d’investissements suffisants et prévisibles qui ont généré cette situation. Il s’agit, une fois de plus, d’une pure décision économique. D’une manière délibérée et cynique, les dirigeants de Roche avaient prévu qu’il n’y aurait pas de compassionnel dans la phase de développement du T-20, quitte à condamner à mort plusieurs centaines de malades.

La défense de Roche est une imposture : Roche nous ment depuis dix-huit mois et crée des espoirs sans cesse déçus chez les malades. Les décideurs de ce laboratoire suisse ont choisi le montant qu’ils étaient prêt à dépenser pour le développement de cette molécule, et le compassionnel a été jugé trop coûteux pour leur bilan de fin d’année. La vie de quelques centaines de malades ne rentre pas en ligne de compte quand Roche prépare ses projections, pense à ses bénéfices, ou soigne ses actionnaires.

action

Le 27 novembre 2000, nous bloquions l’accès à l’usine Roche de Fontenay-sous-Bois pour contraindre le laboratoire à mettre à la disposition des personnes en impasse thérapeutique leur nouvelle molécule anti-VIH, le T-20. Un an plus tard, le constat s’imposait : non seulement Roche n’a pas tenu ses maigres engagements, mais la mise en place par le laboratoire d’un essai de phase III, puis le prochain démarrage d’un essai de phase III-bis, en lieu et place de l’accès compassionnel réclamé, a été l’occasion d’exclusions et de discriminations inédites. Lassés des promesses non tenues, poussés à bout par les négociations sordides auxquelles le laboratoire nous condamne, le 15 novembre dernier nous avons décidé d’agir à nouveau.

Une quarantaine de malades ont donc bloqué l’accès au siège du laboratoire Roche à Neuilly-sur-Seine. Avant l’arrivée des salariés, l’entrée a été cadenassée et la façade aspergée de sang pour dénoncer l’acte meurtrier dont se rendent coupables les responsables de Roche. L’action fut bien relayée par les médias (France Inter, France 3, Libération, le Nouvel Observateur, etc.). Mais une journée d’action n’a pas suffi. Une vingtaine de militants est revenue le lendemain pour renouveler l’opération. Pris de panique, la direction de Bâle, après de longs pourparlers, a donc accepté de rencontrer une délégation de 4 personnes, en Suisse, le 26 novembre. AIDES a été conviée à faire partie de la réunion. En échange de ce rendez-vous le « contrat » stipulait le départ immédiat des militants de l’île de la Jatte, la cessation de toute action publique jusqu’au jour du rendez-vous ainsi que l’assurance que rien ne se produirait le jour même.

exigences

Les revendications des associations membres du TRT-5 sont essentielles et restent inchangées depuis de longs mois :
- Ouverture d’une ATU pour donner accès au T-20 à toutes les personnes en situation d’échec thérapeutique et susceptibles de bénéficier de ce produit, et ce, dans les plus brefs délais.
- Accès immédiat au T-20 pour toutes les personnes incluses dans l’essai de phase III n°302, puis exclues pour maladie lourde. Sans pour autant défavoriser les autres pays. Il s’agit là d’un impératif éthique. Roche France s’y est engagé, espérons que pour une fois ils tiennent leur parole.
- Mise en place le plus rapidement possible de l’essai de phase III-bis. Nous avons toutes les raisons de penser que Roche dispose de la quantité de produit nécessaire.
- Garantie que tous les traitements inutilisés, prévus dans les essais, soient remis à disposition et que les premiers lots sortis de l’usine soient immédiatement disponibles et non stockés pour une utilisation ultérieure.
- Prise en compte des besoins des enfants en échappement thérapeutique, ailleurs qu’aux Etats-Unis, par l’ouverture d’un accès compassionnel aux enfants en situation d’urgence et la mise en place d’un essai pour les enfants en France.
- Engagement par des investissements suffisants pour que cette situation ne se reproduise pas pour leur prochaine molécule, en développement, le T-1249. La situation insoutenable que nous connaissons aujourd’hui ne doit se reproduire sous aucun prétexte.

Act Up exige en plus :
- la démission de Frantz B. Humer, PDG de Roche Holding, responsable des décisions condamnant des malades. - la démission de Claude Schreiner et Philippe Mougin, dirigeants de Roche France, qui mentent depuis un an sur les délais du compassionnel et sur le nombre de personnes bénéficiaires, suscitant ainsi de vains espoirs.

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