« Vous parlez, nous mourons » accusent les activistes africains

publié en ligne : 24 septembre 2003

Lors de la 13e CISMA, une manifestation et un die-in ont rassemblé plus d’une centaine d’activistes africains. Ils ont défilé et proclamé des slogans a travers la conférence, s’arrêtant aux stands de leurs gouvernements, du gouvernement américain et des laboratoires pharmaceutiques. Après l’action, les activistes ont tenu une conférence de presse [1].

Alors que se déroule en ce moment la 13ème conférence Internationale sur le Sida et les MST en Afrique (CISMA), les activistes contre le sida des pays africains exigent de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates pour garantir la mise en place de programmes nationaux d’accès aux traitements anti-VIH/sida et atteindre l’objectif des 3 millions de malades du sida sous traitement d’ici 2005.

PATAM, la coalition activiste Pan-Africaine engagée pour mobiliser les communautés et le continent pour garantir l’accès aux traitements anti- VIH/sida pour tous ceux qui en ont besoin, salue l’annonce de l’OMS, qui déclarait le 22 septembre dernier, que le manque d’accès aux traitements contre le sida dans les pays en développement représentait une crise mondiale de santé publique. Cependant pour PATAM, à moins d’une réelle volonté politique de la part des gouvernements, cette déclaration n’aura aucun impact.

« 250 000 Kenyans ont besoin de médicaments immédiatement ou bien ils mouront. Or le gouvernement Kenyan ne tient même pas sa promesse de mettre sous traitements 6 000 malades » déclarait Mercy Otim de la Coalition Kenyane pour l’accès aux médicaments essentiels. « Ce déni du gouvernement n`est qu`un exemple parmi d`autres ».

« Je suis en vie aujourd’hui parce que j`ai eu accès aux traitements déclare Prudence Mabebele de la Treatment Action Campaign et du Positive Women’s Network d’Afrique du Sud. Seulement 60 000 africains, moins de 1% de ceux qui en ont besoin immédiatement y ont accès. Nous exigeons que les gouvernements cessent leurs beaux discours pour mettre en place de véritables actions qui sauvent des vies. »

Les activistes affirment qu’en dépit des signatures de la Déclaration d’engagement de l’ONU sur le VIH/sida, de la ratification de la déclaration d’Abuja à l’UA en 2001, la déclaration de Doha sur ADPIC et santé publique, et de nombreuses autres déclarations, l’impact sur les malades du sida a été faible sinon inexistant.

Les activistes font part des exigences suivantes :
- tous les gouvernements doivent tenir leurs promesses inscrites dans ces déclarations, ceci implique :

  • les pays africains consacrent 15% de leur budget national aux dépenses de santé,
  • ils produisent ou importent des médicaments génériques abordables et de qualité, même si les brevets font obstacle,
  • les pays soutiennent le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en le finançant complètement ou en mettant en place des dispositions ambitieuses et efficaces, incluant un volet d’accès aux traitements substantiel,
  • les pays financent à hauteur de 10 milliards de dollars par an à la lutte contre le sida pour les pays pauvres,
  • les droits de l’Homme soient protégés et promus par les lois nationales des pays.

- que les gouvernements créent et mettent en place des programmes nationaux d’accès aux traitements, ce qui signifie un agenda stricte d’objectifs à atteindre pour développer la prise en charge médicales des PVVIH.
- que les PVVIH soit impliquées à toutes les étapes lors de l’élaboration et de la mise en place de ces programmes,
- que les besoins et les intérêts des groupes les plus vulnérables et marginalisés, tout particulièrement les femmes et les enfants, soient prioritaires à tous les niveaux.

Selon Delme Cupido du AIDS Law Unit (Namibie) : « les gouvernements doivent êtres clairs sur leurs priorités, au lieu de gaspiller l’argent pour des guerres sans fin, une militarisation inutile ou des salaires élevés pour des bureaucrates corrompus. Les pays pauvres doivent investir dans leurs propres plans nationaux et les pays riches doivent financer un Fonds mondial à court d’argent ».

Pour Therese Omari de la Fondation Femme Plus (République Démocratique du Congo) : « PATAM surveille et continuera à tenir les gouvernements responsables. Nous sommes prêts à travailler à la mise en place de programmes sida avec les gouvernements, nous travaillons et préparons depuis longtemps nos communautés a la prise en charge médicale. Comme Stephen Lewis l’indiquait lors de la cérémonie d’ouverture de la CISMA, les Africains ont déplacé des montagnes, tandis que les gouvernements, des pays africains comme des pays donateurs, stagnent à leurs pieds. Nous ne voulons plus de déclarations, nous voulons avoir accès aux médicaments maintenant et nous voulons des programmes nationaux d’accès aux traitements équitables, universels et qui sauvent des vies.

Notes

[1] Les intervenants étaient : le porte-parole du Mouvement Kenyan pour l’accès aux traitements (KETAM) ; Prudence Mubele, activiste anti-sida, Treatment Action Campaign (TAC - Afrique du Sud) ; Dokla Kokouvi Augustin, Président du Réseau des associations de PVVIH du Togo (RAS+Togo) ; Mohammed Farouk, Treatment Access Movement (TAM - Nigéria) ; Patricia Asero Ochieng, Kenyan Coalition for Access to Essential Medicines.



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