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QuelLEs étrangerEs ?

publié en ligne : 1er septembre 2003 dans Action 90

Pour le second tour des présidentielles, en avril 2002, nous avons appelé à voter Jacques Chirac, « la mort dans l’âme ». « Face au Front national, écrivions-nous, nous ne pouvons nous permettre de jouer la politique du pire. » Jacques Chirac a été élu et le FN s’est retrouvé sans député à l’Assemblée nationale. Le pire a été évité, Nicolas Sarkozy n’est pas Jean-Marie Le Pen, aucun colleur d’affiche UMP n’a tué d’une balle une personne pour la couleur de sa peau. Pourtant, Jean-Marie Le Pen a gagné les élections. Nous ne cessons de le répéter depuis plus d’un an.

Avec une ardeur toute stakhanoviste, la majorité se dote d’un arsenal législatif et réglementaire qui vise les minorités détestées par le Front national, et parmi elles, sa cible favorite, les migrantEs. Loi sur la sécurité intérieure, loi sur l’immigration, réforme du droit d’asile, démantèlement de l’accès aux soins pour les sans-papiers, autant de mesures qui renforcent les discriminations dont les étrangerEs sont victimes et qui cautionnent légalement l’arbitraire dont témoignent déjà les administrations dans le traitement des demandes émanant de migrants. Toutes ces dispositions relèvent sans doute de calculs électoraux : il s’agit de séduire les électeurs du Front national.

Mais, devant l’ampleur des agressions, on ne peut nier qu’il y a là le témoignage des convictions profondes et des valeurs de bon nombre des représentants de l’UMP. Rappelez-vous : Jacques Chirac (UMP) parlant du « bruit et de l’odeur », Alain Madelin (UMP) estimant que les sans-papiers malades, légalement inexpulsables, tiraient « avantage du sida », Pierre Lellouche (UMP) refusant un centre d’accueil de SDF au motif que son arrondissement serait envahi « par les sans-papiers, les toxicomanes et les malades du sida », Alain Lambert (UMP) affirmant au sein du Sénat que la santé des sans-papiers était payée grâce à la « générosité » des Français, ad nauseam.

Le plus étonnant, ce n’est pas que la droite applique, au moins en partie, les idées du Front national. Le plus étonnant, c’est que nous soyons si peu à réagir. Pendant l’entre-deux-tours des présidentielles, nous étions plus d’un million dans les rues, à manifester spontanément notre opposition à tout ce que représente Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, on assiste à une régression inimaginable en matière de droits des étrangers. Pourtant, on ne compte que quelques centaines de personnes à soutenir les sans-papiers quand ceux-ci manifestent.

Les propos xénophobes de nombreux représentants de l’UMP au cours des débats parlementaires ne suscitent pas les réactions indignées que des phrases similaires, quand elles sont prononcées par Jean-Marie Le Pen, n’auraient pas manqué de créer. Pourquoi ? Par manque d’information ? De motivation ? Savez-vous que les expulsions par charter ont repris, dans des conditions qui rappellent le bon vieux temps de Charles Pasqua ? Vous ne pouvez pas l’ignorer : tous les médias en ont parlé. Savez-vous que l’Aide médicale d’Etat (AME), qui ouvre l’accès à des soins gratuits aux sans-papiers, ne cesse de faire l’objet d’attaques incessantes de l’UMP, qui défend ainsi la préférence nationale appliquée au système de santé ? Que le droit d’asile va être considérablement restreint ? Que les dispositions qui permettent aux étrangers atteints d’une pathologie grave de rester en France sont remises en cause ? Que tous les étrangers seront harcelés inlassablement, dans leur vie quotidienne, par les administrations et les forces de l’ordre, puisqu’ils sont désignés comme des fraudeurs permanents ? Savez-vous que la répression et les discriminations légales dont font l’objet les étrangers ont un impact immédiat sur leur santé ? Qu’elles les tiennent éloignés des campagnes de prévention, des structures de dépistage et d’un accès aux soins précoce ? Un seul chiffre, scandaleux, le montre : « parmi les étrangers, la découverte de l’infection par le VIH est plus souvent tardive, au moment du diagnostic de sida (42 % versus 22 % chez les français). » [1] Pensez-vous que cette inégalité-là ne mérite pas qu’on la combatte ? En matière de lutte contre le sida, il n’y a pas de fatalité. Des lois, et les personnes qui les votent et les appliquent, font le jeu de l’épidémie et nuisent à la santé des étrangers. Il faut combattre ces lois et ces personnes.

Ce dossier fait le tour des fronts à occuper : les projets de loi (un sur le droit d’asile, l’autre sur l’immigration, l’entrée et le séjour des étrangers) qui vont être rediscutés au Sénat et à l’Assemblée à l’automne ; un inventaire non exhaustif, mais déjà insoutenable, des propos tenus par les parlementaires sur les étrangers ; les attaques de la droite contre l’article 12 bis 11° de l’ordonnance de 1945, qui régule l’accès au séjour pour soins ; la remise en cause systématique de l’AME ; un résumé du rapport de l’Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE) dont le constat est alarmant ; et enfin, quelques exemples de situations individuelles qui témoignent des difficultés d’accès aux soins et aux droits.

Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Rejoignez-nous, il est temps d’entrer en résistance.

Notes

[1] Rapport Delfraissy 2002

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