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Témoignage sur la mort en prison

publié en ligne : 30 mai 2003

Je vais vous expliquer dans quelles circonstances la maladie de mon père a évolué sans que jamais on ne lui apporte les soins nécessaires à son état de santé.

Patrick Laurent, a été incarcéré le 25 mars 1999 à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy. Des examens médicaux ont révélé qu’il avait une hépatite C. Le 13 octobre 1999, un médecin de Versailles lui annonce qu’il a un cancer du foie.

Le Docteur du centre hospitalier de Versailles, lui délivre un certificat médical spécifiant qu’il est atteint d’une pathologie sévère, rapidement évolutive, dont la prise en charge thérapeutique ne peut être correctement assurée en milieu carcéral.

Le 14 novembre 1999, la souffrance devenant trop forte, il décide de déposer sa demande de mise en liberté, afin d’être transféré à l’hôpital Mignot du Chesnais pour recevoir les soins appropriés à sa maladie.

Lors de l’audience, physiquement très affaibli (il décédera 12 jours plus tard !) et alors même qu’il est en possession d’un certificat médical, cette demande lui est refusée, pour vice de forme. Jusqu’à quel point doit-on suivre une loi, sans tenir compte de la dignité humaine ? Qui sommes-nous pour juger notre prochain et ne faire preuve d’aucune compassion dans les derniers jours d’une vie ?! Il est mort seul, le 14 décembre 1999.

Pas une seule fois, la maison d’arrêt ne m’a informé de son état de santé, je ne l’ai jamais revu vivant. À aucun moment, il n’a semblé légitime à la justice de déroger à certaines de ses règles pour rendre à un homme sa dignité, celle d’être soigné et de mourir entouré des siens comme chacun de nous le mérite. Quel que soit l’acte que l’on ait pu commettre. Une seule personne doit endosser la responsabilité de la mort de mon père dans de telles conditions "la Justice". La justice doit assumer la responsabilité de ces erreurs et reconnaître ses torts.

Cette cause mérite d’être défendue pour tous ceux, détenus et familles de détenus, qui ont eu ou auront à subir le même sort. Et nous savons vous et moi qu’ils sont nombreux. Les peines infligées aux condamnés doivent rester décentes et conforme aux droits de l’homme. Chaque être humain a droit à un minimum de dignité. Il n’a pas à mourir comme un moins que rien, sans soins et sans les siens !

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