Aujourd’hui la plupart des antirétroviraux disponibles existent en solution buvable, mais à peine la moitié ont fait l’objet d’une étude pédiatrique. L’usage pédiatrique est même déconseillé pour certaines molécules (amprénavir, lopinavir), à l’étude pour d’autres (atazanavir, efavirenz, indinavir, tipranavir), ou approuvé (didanosine, nelfinavir, névirapine, zalcitabine, zidovudine) ou en solution (emtricitabine, lamivudine, ritonavir, stavudine). L’usage des autres molécules n’a pas été étudié.
Les formes galéniques ne sont donc pas adaptées aux enfants. L’exemple le plus frappant est le nelfinavir en poudre : son goût d’abord, l’arôme d’orange ne masque pas grand-chose, pour le nourrisson, il faut en mélanger une grande quantité avec du lait à qui il donne une consistance grumeleuse, c’est sans doute la molécule la plus difficile à prendre. Malgré des arômes ajoutés aux suspensions buvables (fraise, banane, cerise, raisin, framboise, menthe, barbapapa) certains arrières goûts persistent longtemps comme le ritonavir et les traitements restent difficiles à prendre. Il a même été prescrit des formes pédiatriques à des adultes qui ont préféré les arrêter, car difficile à tolérer.
Contrairement aux formes adultes, aucune présentation simplifiée n’existe pour les enfants, comme le combivir® ou le trizivir®. Ces présentations combinées ne sont accessibles qu’à partir de l’adolescence une fois que le poids recommandé est atteint. Les précautions et conditions d’emploi (être à jeûn, prise dans un repas) sont parfois difficilement compatible avec la scolarité (cantine, horaires, colonie de vacances).
Les études de pharmacocinétique sont délicates chez l’enfant. D’abord, d’un point de vue technique : ces études nécessitent un grand nombre de prélèvements, pour les nourrissons, l’alimentation exclusivement lactée modifie l’absorption de certains traitements, et le métabolisme des enfants varient selon l’âge. Ainsi, durant le premier trimestre de l’enfant, la métabolisation des inhibiteurs de protéase ne peut pas se faire. Très peu de molécules ont donc fait l’objet d’études de pharmacocinétique pédiatriques détaillées : la zidovudine, la lamivudine, le nelfinavir. Une fois de plus cette dernière molécule illustre la difficulté d’adaptation des doses pour que celles-ci soient correctes : en évaluant des prélèvements chez 12 nourrissons au 15ème jour et au 6ème mois de traitement, la dose du nelfinavir a été augmentée de 50 % (de 90 mg/kg/jour en 3 fois à 150 mg/kg/jour en 2 fois) ce qui représente une posologie 5 fois supérieure à la dose adulte pour un poids équivalent (750 mg 3 fois par jour).
Calquer la prise en charge des adultes sur celles des enfants ne peut donc pas se faire aussi simplement. Actuellement faute d’étude, se sont les clinicienNEs, les pédiatres spécialiséEs qui réalisent cette adaptation délicate.
La commission Traitements & Recherche se réunit tous les 15 jours le mardi à 19H00. Rejoignez-nous !
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