En plus de 15 ans de lutte contre le sida, c’est la première fois que notre groupe tombe sous le coup d’une telle condamnation. Act Up-Paris, association de malades financièrement fragile, devra donc s’acquitter d’une taxe sur le militantisme la prochaine fois que nous voudrons interpeller l’opinion sur la réalité de la pandémie, de ses enjeux et des responsabilités institutionnelles. Avec cette somme en sursis et la menace d’être condamnéEs pour récidive ce sont près de 10 000 euros qui pourraient nous être réclamés lors d’une prochaine action.
Cette condamnation s’inscrit dans un contexte général de judiciarisation croissante de l’action militante. Après Greenpeace et la Confédération Paysanne pour des faits d’activisme et AIDES et Techno+ pour des campagnes de prévention, la condamnation d’Act Up est une nouvelle irruption coercitive dans le champ de l’expression politique et de la lutte contre le sida. La primauté de l’intérêt collectif sur la logique sécuritaire a fait long feu. Désormais nous saurons que les 10 000 mortEs quotidien du sida passent après l’intégrité des vieilles pierres.
Ce type d’action symbolique n’a pourtant rien de gratuit, c’est au contraire un outil incomparable lorsque l’urgence ou l’insupportable nous impose d’alerter. À Bangkok, lors de la Conférence Mondiale en juillet dernier, nous avions réalisé un zap avec une association de travailleuses du sexe cambodgiennes qui utilisait ce même faux sang. Le fait d’ensanglanter le stand du laboratoire Gilead (coupable d’utiliser des prostituées du Sud pour mener des essais inéthiques) avait permis l’arrêt immédiat de l’essai au Cambodge et a récemment (suite à l’impact médiatique de notre action à Bangkok) entraîné l’interruption de l’essai au Cameroun.
Nous ne sommes condamnéEs qu’à lutter.
Act Up-Paris exige que le gouvernement et les institutions judiciaires s’associent à la lutte contre le sida plutôt que de la pénaliser.
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